Silence, écoute, son, expression.
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Avec ces 4 mots, nous sommes au cœur de la pratique du yoga, et c’est à la croisée de ces 4 mots que le yoga commence.
Faire silence.
Quand on monte sur son tapis, il faut faire silence. Je veux dire par là qu’il faut rechercher le silence. A l’extérieur tout d’abord, en coupant son téléphone, en s’écartant de la vie de famille si possible. Pas toujours facile mais on fait ce qu’on peut. Quand j’enseignais à Paris de le 1 er arrondissement, la rue était très bruyante, les camions les travaux…c’était très présent, un peu comme en Inde. Un jour un élève m’a dit après quelques temps de pratique que les premières fois qu’il pratiquait dans cette salle, il entendait énormément les bruits extérieurs mais que maintenant, ça ne le gênait plus. C’est ça faire silence, se couper du monde extérieur, ne plus l’écouter, ouvrir une parenthèse pour soi et en soi.
Il faut aussi faire silence à l’intérieur. Et ça ce n’est pas une mince affaire. Le silence intérieur vient avec le temps. C’est un entrainement, comme les postures ou les techniques de respirations, la méditation est un entrainement. Aller vers le silence intérieur demande du temps. Du temps car des années de pratique, il faut le chercher. Et le silence intérieur ne se décrète pas, ça n’est pas comme d’éteindre son téléphone, il s’apprivoise, se recherche, s’accueil et parfois il est là mais souvent quand on arrive il est déjà parti. Mais pratiques après pratiques, il sera plus facile à trouver, à apprivoiser…

Être à l’écoute.
Les textes de yoga comme le yoga sutra de Patañjali, nous expliquent que l’écoute de soi et des autres est au centre de la vie du yogi et de la yogini. Le mot utilisé est svādhyāya, l’étude de soi, la lecture de soi, la récitation de soi. C’est un des effets de la pratique, faire silence et aller à l’écoute de ce qui est, mène à un savoir sur soi. Être à l’écoute de soi, permet aussi une meilleure écoute des autres. Car écouter c’est écouter son brouhaha intérieur. Certaines études scientifiques ont montré que nous passions près de 50% de notre temps à penser à autre chose qu’à ce que nous étions en train de faire. Tout l’enjeu d’une pratique de yoga est de penser à ce que nous faisons. Nous voyons bien que ce n’est pas si évident. C’est simple mais difficile. Simple car il suffit de se mettre sur son tapis, mais difficile car notre cerveau est sans cesse bombardé par une foultitude de pensées qui viennent le détourner de ce qu’il est en train de faire. La pratique de yoga est là pour nous happer totalement, physiquement par les postures, d’un point de vue respiratoire mais aussi et surtout mentalement. La direction que nous montre Patañjali, est « le retrait des sens » C’est-à-dire complètement tourner ses sens, de l’extérieur vers l’intérieur. C’est ça être à l’écoute, écouter totalement, avec tous ses sens, son argutie, pour parfois, peut-être, écouter un peu de silence intérieur…

Faire du son !
La récitation chantée des mantra ou cantillation, c’est « faire taire ce qui se dit à l’extérieur pour révéler ce qui se dit à l’intérieur ». Certes, la récitation des mantra s’appréhende avec le temps. Cela demande que le pratiquant soit prêt, qu’il en ait le désir ou l’appétence. Ce n’est pas une pratique pour débutant. Les mantra sont forts et précieux et quand ils sont utilisés à bon escient, ils révèlent. C’est à force de répéter que les choses apparaissent. C’est comme de cuisiner un bon plat, si le feu est trop fort, cela brule les aliments, s’il n’est pas assez fort, cela ne cuit pas, de même que si la casserole n’est pas la bonne, cela ne marche pas, et cela demande souvent à mijoter. Bref pour que les mantra agissent, ils doivent correspondre au pratiquant, le pratiquant doit être prêt, il faudra de longues répétitions et tous les mantra ne sont pas pour tous les pratiquants… Faites du son, c’est magnifique mais encore plus que les pratiques posturales, les mantra se pratiquent sous la supervision d’un professeur, c’est lui qui va vous donner la bonne recette.
Aller à la rencontre de ce qui s’exprime.
Nous y voici, toute la difficulté du yoga se trouve à cet endroit. Aller à la rencontre de ce qui s’exprime en soi. Pratiquer le yoga c’est aller y voir ! Ou plutôt aller y écouter ! Et c’est souvent là que « ça » résiste. Bien souvent on « évite » son tapis par oubli ou manque de temps ou que sais-je. Mais si on y regarde d’un peu plus près ce sont des résistances à cet « aller y voir ». Car c’est difficile d’être confronté à soi-même, à ses névroses, projections ou ne serait-ce que ses ruminations. A propos de rumination, si on s’observe bien, on peut voir qu’on y passe beaucoup de temps dans nos ruminations, il y a une forme de jouissance à tourner en rond… En Chine, il y a un proverbe à ce sujet, on dit que ruminer c’est faire comme le chien qui ravalerait son vomi. C’est frappant non ? La pratique nous met face à ça, d’une part à ce que nous ruminons, à notre jouissance à ruminer et notre difficulté à nous en défaire. Et ce n’est que la partie immergée de l’iceberg.Et c’est ici qu’intervient le guru dans la tradition. Anciennement, l’élève passait plusieurs années chez son maitre. On peut tout à fait imaginer que le guru (celui qui monter la lumière) pouvait prendre plusieurs casquettes, et être à un moment le professeur de yoga à un autre, l’ami, le psychologue, le père ou la mère… Il savait par l’accompagnement qu’il avait lui-même reçu de son maitre, quelle caquette porter dans chaque situation. Aujourd’hui, le professeur de yoga n’est ni un ami ni un psy, et il doit savoir quelles sont ses limites avec ses élèves et surtout, orienter au besoin.

C’est pour toutes ces raisons que la séance de yoga, qu’elle soit en groupe ou seul, doit laisser du silence, pour nous permettre d’être à l’écoute de ce qui s’exprime ou ce qui désirerait s’exprimer en nous. Je trouve que ces 4 mots sont un magnifique contenant de l’expérience de la pratique de yoga. Et c’est par ce cadre, que l’on peut trouver une libération. Libération de ce qui nous enferme, entrave ou empêche. Certes, la pratique du yoga n’est pas une thérapie mais elle a des effets thérapeutiques qui peuvent s’ils sont bien accompagnés révéler, sublimer, libérer…(svādhyāya, samādhi, kaivalya)


